COVIDENCES 2020: Un appel au dialogue qui cache beaucoup

Un mot sur la bande-annonce du film COVIDENCES 2020.

Un professeur me rapporte que des étudiants de plusieurs universités voient cette vidéo apparaître sur leur fil Facebook. C’est une annonce pour un documentaire en cours de financement communautaire. Leur page Facebook dit que le documentaire vise à explorer les conséquences des mesures d’urgence sanitaire au Québec durant la pandémie. Dans la bande-annonce, on voit plusieurs intervenants parler de l’importance du contact humain et on affirme qu’au Québec on nous a appris à ne plus réfléchir. On nous lance que les médias essaient de nous reprogrammer au lieu de nous informer. Et tout ça est dit sous la bannière de la fameuse liberté, un mot qui revient souvent durant la pandémie.

La liberté personnelle n’est pas sans fin, on le sait bien. Nous devons tous faire face aux limites de vitesse sur la route et au port obligatoire de la ceinture de sécurité en auto. Il y a des lois qui protègent les enfants de parents abusifs. Avant même la pandémie, les commerces avaient le droit de refuser de servir des clients qui se présentaient nus (c’est en fait même illégal). Mais tout d’un coup, face à un nouveau virus qui s’est propagé à la grandeur du globe, une fraction de la population s’oppose aux lois, aux règlements, aux conseils même que la science et le gros bon sens partagent avec nous. Et on fait des vidéos d’allure inoffensive—« on veut juste discuter, être rationnel, parler du contact humain »–mais qui cachent des croyances beaucoup plus nocives.

La liberté d’expression a été militarisée par des groupes anti-science qui n’aiment pas la direction vers laquelle notre société se dirige. COVIDENCES 2020 a l’air d’un simple appel au dialogue, mais lorsqu’on regarde le profil Facebook de son cinéaste, son but devient clair. On proclame que le docteur Horacio Arruda n’est pas médecin (ce qui est faux). On partage une photo d’une femme portant le masque et la visière au volant de son auto avec la légende « J’ai plus peur de ce genre de personnes que du virus…! » On indique que « le masque n’est obligatoire que si vous l’acceptez. » On partage une photo qui déclare que les gens qui se protègent du virus avec un masque sont stupides parce qu’ils « veulent se faire injecter plus tard. » On nous lance une autre image qui compare les vaccinés aux moutons. Et on nous partage une longue tirade sur le mensonge : ils nous ont menti à propos des obturations dentaires contenant du mercure, sur la sécurité des vaccins, sur les dangers du fluor dans l’eau potable et dans les dentifrices.

L’objectif des documentaires comme COVIDENCES 2020 et comme PLANDEMIC aux États-Unis, c’est d’inviter les gens à une méfiance généralisée et dangereuse. On enfile des vrais problèmes (d’incompétence, de corruption, d’injustice), les uns à la suite des autres, sans démontrer le désir de les adresser en adulte et de témoigner de nuance. Le but est d’inonder le cerveau des gens de problèmes réels et imaginés afin que tout le monde se méfie des gouvernements, des agences de santé publique, des entreprises, des politiciens, des journalistes et des professionnels de la santé. Et pour semer cette méfiance, on doit minimiser les dommages d’une maladie infectieuse qui tue les gens.

Plus de 789,000 personnes au monde sont mortes à cause de ce coronavirus et c’est pas fini. C’est 265 fois plus qu’au 11 septembre 2001, en passant. Et de plus en plus, on constate qu’un pourcentage loin d’être négligeable de ceux qui survivent à la maladie ont des séquelles sérieuses qui durent des mois et qui pourraient durer le reste de leur vie. On parle de fatigue aigue, de douleurs musculaires, d’épisodes de fièvre, de « brouillard du cerveau », de perte de cheveux, de difficultés à respirer. On a vu les ravages que la maladie a fait dans les centres de personnes âgées, mais les séquelles chez ceux qui survivent, c’est rapporté même par des gens jeunes et en santé. C’est ça, un nouveau virus. Notre système immunitaire est souvent désemparé. Il y a toujours des groupes de gens à risque, mais il n’y a aucune garantie vis-à-vis de notre réponse au virus, peu importe notre âge, sexe, ou notre perception de notre santé. La souche de la grippe qui s’est propagée de 1918 à 1920 a tué entre 17 et 50 millions de personnes comme toi et moi. C’est pas des blagues.

Il est important d’avoir des dialogues éclairés sur des questions de science et de politique. Avoir une population engagée est un atout, mais ça prend des gens de bonne foi qui reconnaissent que des situations extrêmes et dangereuses vont marquer notre société. On doit s’adapter si on veut survivre. Se couvrir les yeux et crier à la liberté d’expression n’est pas une recette rationnelle. Un scepticisme bien dosé est de mise, mais lorsqu’on en fait une overdose, c’est mortel, et pas juste pour nous mais aussi pour les gens qu’on prétend aimer.

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