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An English version follows. 

Le 19 novembre 2019, le manufacturier de produits homéopathiques Boiron organise une discussion ayant pour but de reconnaître la légitimité de l’homéopathie. Voici quelques-uns des arguments qui seront présentés, de même qu’une réponse informée par les meilleures données scientifiques à notre disposition.

Mais premièrement,

Qu’est-ce vraiment que l’homéopathie?

On nous parlera sûrement de médecine douce, de connaissances ancestrales, de multiples épreuves pour en arriver au savoir homéopathique… mais c’est quoi l’homéopathie? Les fondements de l’homéopathie sont les suivants:

1) Si l’émétine fait vomir, on le donne à quelqu’un qui vomit pour qu’il arrête. Ce n’est pas loin de la magie sympathique, qui offrait aux gens des sculptures en forme de pénis pour attirer la virilité. Ce principe fondateur est vraiment tiré à l’extrême: on vend de l’extrait de mur de Berlin pour soulager les symptômes de l’isolement…

2) Plus on dilue un ingrédient, plus il devient fort. Les substances utilisées en homéopathie sont très souvent diluées au point où il n’en reste plus du tout. On met la dernière goutte d’eau ou d’alcool sur un comprimé de sucre, et c’est ça qu’on vend.

3) L’eau ou l’alcool utilisé pour les dilutions se rappelle de la substance d’origine.  Aucune étude sérieuse n’a démontré l’existence d’une mémoire de l’eau, bien que certaines études supposément positives ont été révélées comme étant fausses et non reproductibles. De plus, si l’eau se rappelait de tout ce qu’elle avait touché, l’homéopathie nous livrerait de la merde et de l’urine dans chaque dose.

 

Argument #1: 200 millions d’utilisateurs dans le monde, ça veut dire quelque chose!
Les saignées étaient très populaires avant la médecine moderne, mais elles ne fonctionnaient pas vraiment. La popularité d’un traitement n’a rien à voir avec son efficacité.

Argument #2 : Plusieurs gens disent que ça fonctionne pour eux
Une combinaison de facteurs expliquent le tout:

  • Des maladies comme la grippe ne durent pas éternellement
  • Les symptômes des maladies chroniques fluctuent naturellement
  • Notre cerveau est souvent coupable d’un biais de confirmation: on remarque quand ça va bien mais on oublie quand ça va moins bien, surtout si on a dépensé de l’argent sur un produit qui devrait fonctionner
  • Certaines personnes prendront plusieurs médicaments en même temps mais attribueront le succès à l’homéopathie

Tous ces phénomènes sont bien connus en médecine et font partie de l’effet placébo. On dirait que le produit fonctionne, mais il s’agit en fait d’effets qui n’ont rien à voir avec le produit en tant que tel. Finalement, on publicise souvent les témoignages positifs mais très rarement les témoignages de ceux pour qui le produit n’a pas fonctionné.

Argument #3 : L’homéopathie fonctionne à travers l’effet placébo, ce qui veut dire que c’est l’esprit qui guérit le corps
Les effets placébo ont été décrits sous l’argument 2. Ce ne sont pas des effets de l’esprit sur le corps, mais bien des effets non-spécifiques au traitement qu’on doit éliminer lors d’essais cliniques afin de voir sir le traitement lui-même a un effet positif. La médecine alternative, voyant essai après essai qui démontre que ses interventions ne sont pas meilleures que le groupe recevant un placébo, a décidé de recadrer le débat et de compter un effet placébo comme un positif. On change les règles du jeu en faisant ça. On n’accepterait pas qu’un médicament pharmacologique ne soit pas meilleur qu’une pilule de sucre; alors pourquoi l’accepter pour l’homéopathie?

Argument #4: L’homéopathie est sans danger
Les produits homéopathiques ne sont pas réglementés avec la même rigueur que les médicaments pharmaceutiques, ce qui a mené par le passé à des situations potentiellement dangereuses comme des niveaux trop élevés de Belladonna dans des comprimés homéopathiques contre la douleur due à la poussée des dents. Mais mêmes si les pilules de sucre sont fabriquées de manière compétente, elles posent un danger au porte-feuille des consommateurs et peuvent retarder une consultation médicale nécessaire.

Argument #5: La liberté de choix n’est-elle pas un droit fondamental?
Effectivement, il est important que le consommateur puisse faire un choix éclairé. Mais le berner en lui offrant des comprimés de sucres sans effet, ça ne contribue pas à un choix éclairé.

Argument #6: Le rapport australien de 2015 sur l’homéopathie était frauduleux! Une version ultérieure disait que le rapport ne niait pas l’inefficacité de l’homéopathie!
Les revues systématiques sur les données probantes ne diront jamais qu’une intervention est fausse et inefficace. Au mieux, on nous dira qu’il n’y a pas de conditions de santé pour lesquelles des données fiables existent pour soutenir les bienfaits de l’intervention. C’est aux homéopathes, dans le cas présent, de fournir des preuves positives pour leur intervention. Bien que plusieurs études de faible qualité semblent démontrer que l’homéopathie fonctionne, les meilleures études arrivent à des résultats franchement négatifs. Plusieurs comités gouvernementaux se sont penchés sur la question. Leur réponse? Aucune indication pour laquelle l’homéopathie ne semble fonctionner.

Argument #7: Le système de santé doit tendre vers la médecine personnalisée et les approches de santé intégrative
La médecine alternative s’adonne à un rebranding, tout comme le créationnisme (« Dieu a créé toutes les espèces vivantes ») est devenu le dessein intelligent (ou intelligent design) afin de le faufiler dans les écoles américaines aux côtés de la théorie de l’évolution. La médecine intégrative est l’idée que la médecine basée sur les preuves ne soit pas suffisante et qu’on doit la fusionner à la médecine alternative. Une analogie utile : si on mélange de la booze à de la bouse de vache, ça n’améliore pas le goût de la bouse; par contre, ça bousille la booze. Ajouter une soi-disante médecine douce qui ne fonctionne pas à une médecine qui elle fonctionne n’améliore pas les choses. Si la médecine alternative fonctionnerait, ça deviendrait de la médecine.

Argument #8: Les homéopathes ont besoin d’un ordre professionnel pour mieux servir et protéger leurs clients
En créant un ordre professionnel pour les homéopathes, dont les croyances sont anti-scientifiques et se rapprochent de la magie, on devrait aussi créer un ordre professionnel pour les astrologues et les voyantes. On doit aussi se questionner sérieusement au sujet de qui est véritablement protégé par un ordre constitué de praticiens aux croyances bidons : le public ou les membres de l’ordre? L’Ordre des chiropraticiens de l’Ontario est un exemple flagrant de ce phénomène : plusieurs articles ont démontré que les plaintes faites contre ses membres sont souvent ignorées afin de protéger ceux-ci.

Argument #9: Les professionnels de la santé commencent à reconnaître l’utilité de l’homéopathie
Le Collège des médecins du Québec a rapporté à La Presse en mars 2019 que l’homéopathie n’est pas reconnue et qu’un médecin qui en prescrirait contreviendrait à son code de déontologie. Même chose pour les pharmaciens, qui ont été rappelés à l’ordre par l’OPQ en mars dernier. On retrouve d’ailleurs des signes en pharmacie au Québec expliquant aux consommateurs qu’il n’existe pas de bonnes données scientifiques démontrant la validité de l’homéopathie.

 

Pour plus d’information sur l’homéopathie, veuillez consulter le texte de Catherine Crépeau pour le Détecteur de rumeurs de l’Agence Science-Presse: https://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/detecteur-rumeurs/2019/11/15/5-mythes-tenaces-homeopathie


 

On November 19th, 2019, the homeopathic product manufacturer Boiron is organizing a discussion centred on recognizing the legitimacy of homeopathy. Here are some of the arguments that will be presented during the event, alongside responses based on the best available scientific evidence.

But first of all,

What is homeopathy anyway?

We will surely hear about a gentler kind of medicine, about ancestral knowledge, about provings done over the years to generate this knowledge… but what exactly is homeopathy? Its foundational principles are as follows:

1) If ipecac makes you vomit, we give it to someone who is vomiting to stop them vomiting. This is very close to sympathetic magic, like the idea of giving someone a phallic sculpture to attract virility. This principle is actually stretched to a stunning extreme: you can buy a homeopathic dilution of the Berlin Wall to break down barriers in your life.

2) The more you dilute something, the stronger it gets. Ingredients used in homeopathy are often diluted to the point where they are no longer present. The last drop of water or alcohol is put on a sugar pill, and that is what the customer buys.

3) The water or alcohol used for the dilutions remembers the original ingredient. No serious study has ever demonstrated the existence of a memory for water, although some allegedly positive studies ended up being revealed as negative and irreproducible. In fact, if water could remember everything it had come into contact with, the homeopathy we buy would give us excrements and urine in every dose.

 

Argument #1: 200 million users all over the world has to count for something!
Bloodletting was very popular before the advent of modern medicine even though, in retrospect, it did not work for most conditions. A treatment’s popularity says nothing about its efficacy.

Argument #2 : Many people say homeopathy works for them
A combination of factors can explain these reports:

  • Illnesses like the flu don’t last forever
  • Chronic diseases have symptoms whose intensity fluctuate naturally
  • Our brain is often guilty of confirmation bias: we remember when we feel better but forget when we feel bad, especially if we’ve spent money on a product that we believe in
  • Multiple treatments may be used but success will be attributed solely to homeopathy

All of these phenomena are well known in medicine and constitute placebo effects. They make it appear as if the product works, but these effects in fact have nothing to do with the product itself. Finally, we often hear positive testimonials but the negative ones are rarely publicized.

Argument #3 : Homeopathy works through the placebo effect, meaning that the mind heals the body
Placebo effects were described under argument 2. They are not effects of the mind over the body, but rather non-specific effects which have nothing to do with the treatment itself and which must be removed from the equation during a clinical trial to make sure the treatment being tested does itself have a positive effect. Alternative medicine, confronted to trial after trial showing their interventions are no better than placebo, have changed their narrative to count a placebo effect as a net positive. This is what we call “moving the goalposts”. We would not accept for a pharmaceutical drug to be no better than a sugar pill; why would it be all right to do it for homeopathy?

Argument #4: Homeopathy is harmless
Homeopathic products are not regulated as strictly as pharmaceutical drugs, which has led in the past to potentially harmful effects like unacceptably high levels of Belladonna in homeopathic baby teething tablets. But even if the sugar pills are appropriately manufactured, they harm consumers’ wallets and can delay proper medical treatment.

Argument #5: The freedom to choose is a fundamental right
It is indeed important for consumers to be able to make an informed choice. However, confusing them with sugar pills that have no net effect does not lead to an informed choice.

Argument #6: The 2015 Australian report on homeopathy was fraudulent! An earlier version said the report did not say homeopathy did not work!
Systematic reviews of the evidence will never state that an intervention is fake and does not work. At best, it will state that there are no health conditions for which reliable evidence exists to support the use of this intervention. In this case, it is up to homeopaths to give positive evidence that their intervention works. Even though many low-quality studies seem to demonstrate as much, the most rigorous studies done on the subject clearly arrive at negative results. Many governmental committees have looked at the totality of the evidence. Their answer? No health indication for which homeopathy has been shown to work.

Argument #7: Our healthcare system needs to move toward personalized medicine and integrative health approaches
Alternative medecine is being rebranded, just like Creationism (“God created all living creatures”) was rebranded as intelligent design to sneak it into American school curricula next to the theory of evolution. Integrative medicine is the idea that evidence-based medicine is not sufficient and that it must be fused to alternative medicine. Here’s a useful analogy: mixing cow pie and apple pie does not improve the taste of the cow pie; it simply makes the apple pie worse. Adding an alternative medicine that does not work to a medicine that does will not improve healthcare. If alternative medicine worked, it would simply become medicine.

Argument #8: Homeopaths need a professional order to better serve and protect their clients
By creating a professional order for homeopaths, whose beliefs are anti-scientific and not miles away from magic, we might as well create professional orders for astrologists and psychics. We must also seriously question who is being protected by an order made up of practitioners with demonstrably false foundational beliefs: the public or the members of the order? The College of Chiropractors of Ontario is a striking example of this phenomenon: many articles have been written showing that complaints made against its members are often ignored in order to protect the chiropractors themselves.

Argument #9: Healthcare professionals are starting to recognize the utility of homeopathy
The Collège des Médecins du Québec told La Presse in March 2019 that homeopathy was not recognized and that a physician caught prescribing it would be going against their code of ethics. Pharmacists in Quebec were likewise told by their order, the OPQ, last March that recommending homeopathy would place them in a precarious position vis-à-vis professional ethics. Quebec pharmacies also display signs explaining to consumers that there is no good scientific evidence behind homeopathic products.